Cannabis : Un débat hypocrite

 

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Montagne Pelée - Martinique FWI

 

Par Jacques Myard* et Renaud Trouvé** Le Figaro du 25 mars 1998
La toxicité du cannabis est scientifiquement établie. Dépénaliser aboutirait
à la transgression d'interdits encore plus dangereux.


C'est une constante de l'humanité de voir le vice et le mal se targuer de toutes les vertus. Le débat, qui resurgit sur la légalisation ou la dépénalisation et la prétendue innocuité du cannabis, qualifié mensongèrement de " drogue douce ", est une nouvelle fois l'illustration de cette hypocrisie qu'il convient de dénoncer avec force.

Il est prouvé que le cannabis est une drogue qui crée des dépendances, qui est mise hors la loi par les conventions internationales, et dont la légalisation ou la dépénalisation aboutirait à aggraver dangereusement la santé publique, en faisant reculer davantage les seuils de l'interdit, au profit de drogues toujours plus dangereuses.


1) Les expertises scientifiques, confirmées par les analyses les plus récentes menées en France et aux Etats-Unis sont formelles : le cannabis est une drogue. Il contient un produit psycho actif, le delta 9 tétrahydrocannabinol (THC), en proportion de 1 à 6 %. Des sélections et manipulations génétiques récentes ont permis d'obtenir et de mettre sur le marché des variétés très enrichies en THC, allant jusqu'à 20 à 40 % de THC (cannabis hollandais). C'est un problème de santé très grave, car l'augmentation en THC du cannabis engendre des effets toxiques aigus et alarmants.

La toxicité du cannabis est désormais bien établie. Le récent rapport de l'Académie des sciences, publié en février dernier, le rapport Henrion, publié en mars 1996, et différents articles parus dans la revue américaine Science décrivent les effets dus à la consommation de cannabis. Outre ses effets sur le comportement, on constate, sur le plan biologique, que le cannabis interfère avec le fonctionnement cérébral et sur le système immunitaire.

Il entraîne des pertes de mémoires, des troubles circulatoires ou respiratoires, il; provoque une baisse de l'activité sexuelle, affaiblit les défenses immunitaires et accroît la sensibilité de l'organisme aux maladies infectieuses.



Le constat médical

Ces constatations médicales prouvées démontrent, s'il en était besoin, que le cannabis est une drogue, et que la dénomination " drogue dure - drogue douce " n'est pas appropriée, comme le confirme le rapport Henrion et les récents travaux publiés dans la revue Science.

La toxicité et les types de risques encourus à la consommation du cannabis sont d'autant plus élevés que les doses absorbées sont importantes et fréquentes. De surcroît, la personnalité de l'utilisateur, son équilibre physique et psychique sont de nature à aggraver les risques de la consommation de cannabis.


2) Sur le plan international, et afin d'éclairer le débat, le cannabis est depuis longtemps reconnu comme une drogue et classé comme telle dans la nomenclature internationale des substances dangereuses à contrôler et à interdire. Successivement, la convention unique sur les stupéfiants du 30 mars 1961 (approuvée par 161 États), convention renforcée par le protocole du 25 mars 1972 (approuvée par 145 États), la convention sur les psychotropes du 21 février 1971 (approuvée par 152 États), et enfin la convention contre le trafic illicite des stupéfiants et de substances psychotropes du 19 décembre 1988 (approuvée par 142 États) ont toutes pour objectif de lutter contre le trafic, la consommation des drogues, dont le cannabis. Il est à souligner qu'à aucun moment ces conventions internationales n'établissent de distinction entre des drogues qui seraient douces et les autres.


Certains peuvent toujours tenter de croire que la France serait dans l'erreur en refusant de légaliser ou de dépénaliser le cannabis, ils ne pourront faire admettre que toute la communauté internationale est dans l'erreur. A ce titre, il est piquant de relever que les quelques États qui, comme la Hollande, tolèrent de fait sur leur sol le commerce de cannabis, au mépris de leurs obligations internationales, en prétendant qu'il s'agit d'une drogue douce, n'ont jamais proposé à un moment ou à un autre de modifier ces conventions ou de les dénoncer.



Le bilan hollandais

3) Mais surtout, l'expérience de la Hollande démontre parfaitement les dérives engendrées par la légalisation ou la dépénalisation du cannabis. Ces dérives traduisent l'adage populaire de simple bon sens que, lorsque les bornes sont dépassées, il n'y a plus de limites. Le livre blanc néerlandais du 20 octobre 1995 constate :

Que les limitations relatives au nombre de koffieshops, à leurs implantations par rapport aux écoles, aux quantités individuelles de cannabis que ces établissements sont autorisés à vendre, sont allègrement transgressées.

Que les koffieshops ou leur voisinage sont désormais des centres de distribution de toutes les drogues, y compris l'héroïne,
la cocaïne et autre lsd.

Qu'en définitive, les Pays-Bas sont devenus une plaque tournante de la criminalité organisée de type mafieux.

Tout concorde donc pour maintenir un interdit sans appel sur le cannabis :

C'est une drogue dont " l'amélioration " rend sa consommation de plus en plus dangereuse.

Tous les États sont unanimes pour lutter contre le trafic de cannabis, même s'il reste beaucoup de progrès à faire dans ce domaine.

Relever le seuil de l'interdit en dépénalisant ou en légalisant le cannabis aboutit d'expérience à encourager la transgression d'interdits encore plus dangereux.

La nature humaine est malheureusement ainsi faite.


(*) Député (RPR) des Yvelines.
**) Professeur associé de pharmacie à l'université d'Angers. Professeur associé d'anesthésiologie à l'université Texas Houston. Lauréat de la Société
française de toxicologie, en 1986, pour ses travaux dans ce domaine.

 

Alpinia

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